Face à l’effondrement : décalage du point de référence, sécession et restauration

Décalage du point de référence

Depuis quelques années, rares sont les jours qui passent sans que s’allonge l’effroyable litanie des catastrophes inédites qui frappent notre monde dévasté par la mégalomanie de l’homme industriel. Quand certains s’écharpent pour définir si nous sommes entrés dans l’ère de l’Anthropocène ou dans celle du Capitalocène, il paraît plutôt à nous-autres opposants à la civilisation industrielle que nous subissions aujourd’hui les conséquences du Mégalocène, cette ère de négation de toute limite et de pléonexie généralisée qu’entraîne l’élevage des humains selon les normes bourgeoises.

Plus rien ne semble étonner l’esprit plastique de l’homme industriel. Ni la canicule en Alaska, ni les centrales nucléaires à l’arrêt faute d’eau de refroidissement (y compris en Finlande !), ni les vignobles grillés dans le Var, ni les hêtraies et sapinières mourant en masse dans le Jura français et Suisse, ni les températures record battues chaque semaine en Europe, ni le pompage des lacs pour alimenter en dernier recours les villes à cours d’eau potable, ni l’absence de papillon et d’oiseau dans les jardins. La vie s’éteint, et l’on s’y habitue très bien. Il semble qu’au train où vont les choses et en partant du postulat douteux selon lequel l’homme industriel pourrait se maintenir en vie malgré tout grâce à ses prothèses technologique, sautant d’une bulle climatisée à une autre comme le font déjà les habitants de l’Arizona, la plupart des hommes pourraient ainsi vivre dans un monde totalement stérile et artificialisé sans s’en émouvoir.

Bien des pages ont été noircies par des amoureux de la vie cherchant à comprendre pourquoi l’effondrement en cours et la dégradation continue des conditions de vie sur terre n’entraîne aucune réaction, pourquoi les têtes restent enfouies dans le sable en espérant que la tempête passe. La même question s’est posée aux défenseurs de la liberté face à la régression continue des libertés politiques en France et à la montée du despotisme et de la terreur d’Etat. Pourquoi ceux qui se soulèvent sont-ils si isolés ? Pourquoi la masse reste-t-elle apathique ?

Il nous semble que la meilleure réponse a pourtant déjà été donnée en 1995 par le biologiste franco-canadien Daniel Pauly, l’un des meilleurs spécialistes des ressources halieutiques. Il évoquait alors l’idée de shifting baseline syndrome, le syndrome du décalage de référentiel. Les générations successives transforment le monde, le dégradent, mais la mémoire ou plutôt l’expérience de ce qui est perdu n’est jamais transmise, et la nouvelle situation est donc considérée comme normale. C’est un peu l’histoire de la grenouille plongée dans une marmite : si on met la grenouille dans une marmite d’eau bouillante, elle saute immédiatement et s’échappe; mais si on la plonge dans l’eau fraiche et que l’on allume le feu sous la marmite, la sensation est au départ agréable et la grenouille se prélasse dans le bain, s’habitue à la montée de la température jusqu’à ce que celle-ci devienne trop élevée et que l’animal engourdi meurt.

Nous en sommes-là. On nous dit que 80% des insectes ont disparu en 30 ans en Europe, 30% des oiseaux en 15 ans, et si l’on disposait de références scientifiques sur des échelles plus longues ce serait sans doute 99% des effectifs d’insectes et d’animaux qui auraient disparu lors du dernier siècle de développement européen. Mais puisque cet holocauste n’est pas brutal mais continu, nous nous y habituons, même si la loi des exponentielles fait que les effets sont de plus en plus flagrants, les échelles de temps se raccourcissant de manière saisissante. Et quand dans quelques petites années plus aucun enfant n’aura entendu d’oiseau ni vu de papillon ailleurs que dans un dessin animé, nul ne s’en émouvra.

Cet effet est considérablement renforcé par le type de vie que mène la plupart des humains dans la société industrielle. En France, 80% des habitants sont des urbains. Et ce que l’on nomme encore par habitude campagne n’en est plus une depuis longtemps, puisque le mode de vie de ses habitants ne diffère plus guère de celui des urbains : l’hétéronomie règne, c’est l’enfer de la banlieue totale dont se désolait déjà Bernard Charbonneau. L’écrasante majorité des français et des occidentaux vit dans un milieu purement artificiel et n’a que rarement de contact avec le milieu « naturel ». Dans ces conditions, impossible de se rendre compte de l’extinction autrement que par l’entremise d’articles et reportages télévisés vite balayés dans le flot ininterrompu des mauvaises nouvelles. L’extinction n’est pas une expérience vécue, elle est une information parmi d’innombrables autres. On ne peut pas regretter ce que l’on ne connaît pas, ce que l’on ne côtoie pas, ni ce à quoi l’on n’accorde qu’une valeur purement instrumentale. Combien de français de moins de trente ans ont-ils vus dans leur vie un hérisson, un renard, un lucane cerf-volant, ou ne serait-ce qu’un lapin sauvage ?

La disparition de l’expérience de la nature et le décalage du point de référence sont deux des principales mamelles de l’apathie face au désastre. Du reste, partant du principe que son « mode de vie n’est pas négociable », l’homme industriel n’est que peu enclin à ouvrir les yeux sur des réalités qui risqueraient précisément de remettre fondamentalement en cause ledit mode de vie, et ceux qui reconnaissent quand même l’évidence ne peuvent en conséquence envisager qu’une seule réponse : l’acte de foi « la technologie (ou l’Etat) aura bien la solution ». Tout au plus consentiront-t-ils, pour se donner bonne conscience, trait capital du bourgeois, à faire la publicité des petits gestes écocitoyens inoffensifs auxquels ils consentent, à se fendre de pétitions ou à participer à une guignolesque « Climate alarm » ou autre action de « désobéissance civile » pour moutons déguisés en loups.

Sécession

Partant de là, il est vain d’espérer éviter la catastrophe qui pour une large part est déjà réalisée, surtout « là où elle a fait ses principaux ravages : dans l’esprit des hommes » (Riesel&Semprun). Pour éviter la catastrophe, il faudrait que subsiste dans nos pays suffisamment d’humains, c’est-à-dire des êtres qui placent au pinacle de leurs valeurs l’idéal d’autonomie et de liberté plutôt que le confort (Ellul), et dont l’ambition ne se réduise pas à produire et consommer toujours plus, à jouir sans entraves, et à déléguer à la société démiurgique le soin de pourvoir à tous leurs besoins y compris ceux qu’ils n’imaginent même pas, pendant que progresse l’inéluctable atomisation sociale corollaire à l’expansion sans fin du capitalisme libéral (voir Jean-Claude Michéa : Le loup dans la bergerie). Il faudrait des hommes qui reconnaissent le retour du tragique, le retour de l’Histoire, la nécessité de s’auto-limiter, de renoncer à une large part de la puissance que nous avons acquise sur le monde, des hommes qui accordent davantage de prix à la liberté qu’au confort, qui préfèrent se donner entre égaux leur loi et auto-instituer la société dans laquelle ils veulent vivre plutôt que de les recevoir préconçues par une oligarchie prédatrice, bref : des anti-bourgeois, espèce qui n’a sans doute jamais été autre chose qu’une étroite aristocratie (non héréditaire celle-là !) dans notre civilisation (lire la parabole du Grand Inquisiteur de Dostoïevski).

Nous n’éviterons donc pas un effondrement qui ne saurait être, comme certains messianistes voudraient le croire, l’écroulement brutal et rédempteur qui viendra châtier l’humanité coupable et la régénérer, mais plutôt une plus ou moins lente dégradation de nos conditions de vie qu’accompagne déjà la dissolution des structures sociales. Même s’il est vain d’imaginer ce qui pourrait advenir à nos sociétés à la fin de cette interminable chute, il y a fort à parier que cela ressemblera au paysage politique de la Syrie actuelle : un monde atomisé où se juxtaposeront des dictatures à papa (type Bachar), des empires (type Califat), des zones tribales contrôlées par le potentat local, et même des régions autonomes fonctionnant plus ou moins selon la démocratie directe (type Rojava communaliste), en fonction des rapports de force locaux.

Et si l’effondrement a peu de chances d’être aussi rieur que le Grand soir que nous promettaient les prophéties anarchistes du XIXème siècle (comme le rappelle Frédéric Lordon, ce « grand soir » là serait d’ailleurs sûrement composé d’une multitude de « petits soirs »), et s’accompagnera de peines immenses au vu du degré d’hétéronomie qu’ont atteint nos vies industrielles, il n’en demeure pas moins indispensable qu’il advienne aussi vite que possible avant que l’hostilité grandissante de notre milieu ne compromette totalement tout espoir de survie sans appareillage industriel, stade déjà atteint en de nombreux lieux sur cette Terre.

Au rythme où progresse le brave new world libéral – synthèse programmée de Brazil, de Mad Max et de l’esprit calculateur des Thénardier -, si aucun mouvement populaire autonome, capable d’agir collectivement à l’échelle mondiale, ne se dessine rapidement à l’horizon (j’entends ici par «autonome» un mouvement qui ne serait plus soumis à l’hégémonie idéologique et électorale de ces mouvements «progressistes» qui ne défendent plus que les seuls intérêts culturels des nouvelles classes moyennes des grandes métropoles du globe, autrement dit, ceux d’un peu moins de 15 % de l’humanité), alors le jour n’est malheureusement plus très éloigné où il ne restera presque rien à protéger des griffes du loup dans la vieille bergerie humaine.

Jean-Claude Michéa, Le loup dans la bergerie

Tout ce que peuvent donc faire les êtres conscients, c’est se tenir prêts à accompagner corps et âme (ceux d’entre nous qui ont rejoint les gilets jaunes mesurent avec gravité tout ce qu’implique cet engagement du corps) chacune des éruptions sociales qui viendront en réaction à la progression du désastre – dont les gilets jaunes sont le prémisse – tout en s’engageant en même temps dans la voie de la sécession individuelle et la constitution d’îlots, d’oasis, voire de communes, sans se fourvoyer à croire que ces îlots pourraient échapper à la dévastation générale.

Il est bien clair qu’il n’y aura pas de salut individuel : le désastre, comme les lois et les bottes oligarchiques, ne s’arrêtent pas aux clôtures des potagers permacoles. Tout comme il est clair qu’il n’y a pas, à l’heure actuelle, de volonté collective pour sortir de la course à l’abîme, autrement que par accident [1]. Tout ce qu’il y a, ce sont des actes inoffensifs de groupes (Extinction Rebellion, ANV COP 21, Alternatiba…) ayant reconnu l’ampleur de la catastrophe mais qui se refusent à toute action sérieuse pouvant nous en écarter – parce que la plupart de leurs membres ne sont pas encore prêts à mettre en péril leur confort personnel et que leur survie dépend, quoi qu’ils en disent, du maintien de la civilisation industrielle qu’ils prétendent contester – , voir même parfois refusent de nommer l’ennemi et nient les antagonismes d’intérêts. Quant à ceux qui prétendent s’engager physiquement plus loin, leurs actes se bornent trop souvent à mimer l’insurrection en pratiquant le stérile et codifié affrontement rituel avec les « forces de l’ordre (établi) », façon guerre de cour de récréation en plus dangereux, jeu de rôle finalement tout aussi inoffensif que les actions de pseudo-désobéissance.

Par ailleurs, rien n’est moins pacifique qu’une insurrection, mais rien n’est plus odieux que ces guerres menées par le gauchisme paramilitaire et dont les chefs s’empressent d’imposer leur pouvoir au peuple qu’ils se vantaient d’affranchir.

Pacifisme sacrificiel et intervention armée sont les deux termes d’une contradiction à dépasser. La conscience humaine aura progressé de façon appréciable lorsque les tenants du pacifisme bêlant auront compris qu’ils donnent à l’État le droit de matraque et de mensonge chaque fois qu’ils se prêtent au rituel des élections et vont choisir, selon les libertés de la démocratie totalitaire, des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes, plébisciter des intérêts publics qui deviendront des intérêts privés.
Quant aux tenants d’une colère vengeresse, on peut espérer que, lassés des jeux de rôles mis en scène par les médias, ils apprennent et s’emploient à porter le fer à l’endroit où les coups atteignent vraiment le système : le profit, la rentabilité, le portefeuille.

Raoul Vaneigem, extrait censuré par Le Monde, 31 Août 2019 (repris sur A Contretemps)

Faire sérieusement sécession, c’est tenir fermement d’une même main les deux termes de l’équation. C’est déserter personnellement le système en retrouvant notre autonomie et un ciel provisoirement plus respirable, tout en s’organisant collectivement pour tenter de l’abattre de la seule manière possible : en bloquant ses flux.

L’alternative posée par ces deux vignettes est artificielle : ce sont les deux faces de l’impuissance. La seule façon d’enrayer le cours de la catastrophe est de conjuguer les modes d’action.

Restauration

Mais au point où est arrivé la dévastation de notre milieu, il est une tâche révolutionnaire peut-être plus grande encore : contribuer à la restauration de notre monde en arrachant des lambeaux de notre terre aux griffes des boutiquiers. A ceux que la révolte contre ce monde de mort commande de ne pas rester passif face à l’expansion du désastre, il appartient de prendre en main le soin de restaurer chaque parcelle de notre milieu dévastée par la voracité des esprits comptables. S’il nous faut incontestablement de la pierre – comme l’écrivent les grenoblois de PMO et comme l’ont compris les gilets jaunes bâtisseurs de Maisons du peuple, comme autrefois les ouvriers bâtissaient des Bourses du travail -, il nous faut aussi des racines, il nous faut de la vie, sous toutes ses formes, sans quoi une fois encore il ne restera plus grand-chose à sauver une fois l’effondrement achevé.

Déjà, bien des gens s’organisent, seuls, en famille, entre amis, ou entre cohabitants d’un même territoire, pour prendre en charge un morceau de prairie, restaurer une vieille ferme, ou acquérir collectivement d’immenses forêts pour qu’elles échappent à la plantation industrielle. Se sauver (dans tous les sens du terme), créer les conditions de la survie collective sans la civilisation industrielle, en même temps que tisser un réseau de bases arrières pour soutenir les luttes, tout en créant des refuges pour ralentir l’érosion inexorable de la vie. Le révolutionnaire sérieux n’est ni un maquisard, ni un squatteur, c’est un paysan, c’est un narodnik. Parce que le retour sensible à la Terre, l’enracinement dans notre milieu, le respect du vivant, le refus du statut surplombant de « maître et possesseur de la nature », le refus de « la relation de sujet à objet qui façonne le rapport au monde dominant » (Alessandro Pignocchi), et la défense du sauvage contre l’artificiel sont les seuls moyens de briser la mortifère linéarité de la civilisation technicienne et de revenir aux cycles qui caractérisent un monde vivant (Wendell Berry). Ce modèle équilibré de sécession-restauration-lutte, celui que pratiquent certains zadistes et néo-ruraux, c’est la définition que nous pourrions donner d’une révolution pour notre temps, et la seule manière que nous concevions pour habiter la catastrophe.

[1] Une question importante qui se pose à nous autres qui aspirons à précipiter l’effondrement est celle de la responsabilité. Attendu qu’un effondrement du dispositif industriel qui maintient sous perfusion nos vies végétatives s’accompagnerait à n’en pas douter de très graves souffrances, voire pire, il est permis de s’interroger si nous voulons assumer ces souffrances, et de quel droit nous les imposerions à des gens qui ne les ont pas choisies. Cela reste toutefois une question largement théorique, puisqu’au vu du rapport des forces et des esprits il est évidemment bien improbable que les anti-industriels soient un jour dans l’état démiurgique de précipiter l’effondrement, en appliquant par exemple la stratégie (discutable) de David Holmgren du Crash on demand. 
Il nous semble plutôt qu’un effondrement précipité ne pourrait advenir que par accident, c’est-à-dire sans volonté consciente, par exemple comme une conséquence non souhaitée d’un mouvement social massif, type gilets jaunes, qui déciderait de bloquer sérieusement les flux économiques tendus qui irriguent notre monde de mort. Il est permis de se demander si les personnes qui s’adonnent au blocage, parce qu’elles sentent intuitivement que c’est le seul levier efficace pour agir contre ce monde (la « grammaire de l’époque » selon le Comité Invisible), poursuivraient leur action si elles avaient connaissance de leurs conséquences possibles. 
Nous qui avons cette vague conscience des potentialités de nos actes ne sommes toutefois pas une avant-garde machiavélique qui piloterait une foule aveugle sur un chemin qu’elle se refuserait en conscience à emprunter, et qui lui cacherait le sombre horizon final derrière le tableau chantant des lendemains radieux de la révolution.  C’est la force d'un mouvement comme les gilets jaunes d’avoir su se montrer irréductiblement autonome, ingouvernable et irrécupérable par toute avant-garde.  Nous ne surplombons rien, nous n’organisons rien, tout ce que nous pouvons apporter, c’est quelques idées iconoclastes à partager avec ceux qui comme nous sont révoltés par l’ordre de ce monde. Bien au contraire, le travail que nous accomplissons consiste à tenter de décrire ce qui est et ce qui pourrait se passer, dans la mesure de notre compréhension, pour que chacun agisse en conscience, si tant est que ce soit possible dans un monde aussi confus et embrouillé. 
Notre responsabilité n’est donc pas collective mais individuelle. Chacun doit se demander si, au fond de lui-même, il est prêt à assumer les conséquences sur sa propre vie et celle des autres d’un effondrement qu’il aurait contribué par ses actes à accélérer, ou s’il est prêt à assumer la responsabilité de ne pas avoir fait tout ce qui était nécessaire pour tenter de l’atteindre au plus vite afin d’en minimiser les douloureuses conséquences. Il n’y a là aucun terme satisfaisant à cette alternative qui ouvre un débat inépuisable. 

10 commentaires sur “Face à l’effondrement : décalage du point de référence, sécession et restauration

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  1. (Copie de ma réponse au commentaire de LMD sur le blog de Mr Razemon « L’interconnexion n’est plus assurée » dans son article du 19/09/2019)

    Je pense que le postulat de départ de votre réflexion est faussé car vous considérez comme une certitude que « tout » s’écroulera.

    Cette idée a des origines complexes et intéressantes.
    Elle s’appuie sur les craintes qui surgissent dans toute société qui atteint une certaine ancienneté et prend alors conscience que d’autres civilisations avant elle ont vécu puis été remplacées : logiquement, elle aussi cèdera un jour la place. De là découle les discours que nous trouvons dans tant de cultures dénonçant la « décadence » et le déclin – moral, civique, politique, économique… Chacune vit la chute à sa sauce de la même manière que chaque individu, lorsqu’il prend conscience de sa mortalité, la voit différemment.
    Notre société occidentale puis mondialisée a, depuis le XXe siècle, croisé cette préoccupation avec une autre problématique : le potentiel destructeur de notre développement technologique (démontré lors des deux conflits mondiaux). Ceci nous amène à penser que notre fin ne sera pas simplement culturelle – être massacrés par des barbares qui s’installeront sur nos terres et y bâtiront une civilisation succédant à la nôtre – mais d’une amplitude impitoyable qui ne laissera rien ou presque derrière nous. En d’autres termes, nous serions voués à nous auto-détruire, soit directement (crainte de guerre nucléaire durant la Guerre froide) soit indirectement (perspective de l’armageddon écologique aujourd’hui).
    Quand il ne relève pas du pur domaine du divertissement fictionnel, un tel discours contient l’espoir (plus ou moins assumé selon le locuteur) que ces perspectives apocalyptiques se concrétiseront : par définition, promettre de telles conséquences à un mode de vie implique de condamner ce mode de vie – que la catastrophe annoncée aura le mérite de nettoyer par le vide, résolvant de manière radicale le problème. La fin du monde (ou plutôt de ce monde) soulagera ainsi les souffrances qu’il aura engendré en plus d’une nébuleuse promesse de renouveau après la catastrophe (rejoignant en cela les croyances sur la réincarnation individuelle : après cette vie, une autre adviendra, donc nouveau départ, nouvelle chance…).

    C’est là un voeu pieux qui évite de faire face à une réalité bien plus angoissante : le fait qu’il n’y ait pas de fin et que « tout » continuera d’avancer pour la bonne et simple raison que nous sommes programmés en ce sens (instinct de survie) et que nous avons retranscrit cette injonction dans notre structure sociale, qui a pour première fonction de se perpétuer. A l’heure même où nous parlons, il y a des ingénieurs, des personnalités politiques et des financiers qui travaillent à assurer notre survie.

    Je dis bien « survie » et c’est là que je vous rejoins quand vous employez l’image d’une grenouille plongée dans une eau progressivement portée à ébullition : pour l’heure, nous n’arrivons pas, en tant que société, à nous élever au-dessus du seul instinct de survie. Nous ne faisons que réagir aux menaces manifestes et immédiates, nous ne les anticipons pas ; nous nous contentons d’assurer notre survie, pas de réfléchir à ce que pourrait être une vie de qualité.
    Pour reprendre votre métaphore, nous sommes une grenouille qui se fabrique un scaphandre isotherme quand l’eau devient trop chaude au lieu de sortir de l’eau ou même de chercher à arrêter l’ébullition.

    La seule manière pour que cette mécanique s’enraye serait que nous soyons confrontés à un problème qui surpasse notre faculté d’adaptation – une menace trop rapide ou trop vaste face à notre capacité de réaction. Hors cette circonstance, nous survivrons. Vous le dîtes vous-mêmes sur votre blog : quand notre écosystème nous sera devenu irrémédiablement inhospitalier, nous nous enfermerons dans des « bulles climatisées » et continuerons comme si de rien n’était. Peu importe qu’une telle solution ne sauvera pas tout le monde et impliquera une société encore plus inique qu’aujourd’hui : l’espèce se perpétuera et continuera son histoire, laissant derrière elle les milliards de morts du changement climatique.

    Pour tout cela, je pense que les discours apocalyptiques sont inadaptés et contre-productifs.
    Inadaptés car ce qu’ils promettent est tout bonnement faux – il n’y aura pas de fin à l’humanité, il y aura bien pire : une aggravation continue de ses conditions de vie.
    Contre-productifs car ils propagent une approche « tout ou rien » : soit vous consentez à un changement radical de mode de vie soit vous êtes le proverbial pansement sur une jambe de bois, inutile et sans conséquence. L’inertie sociale et individuelle est telle que la quasi-totalité des gens ne souscrira pas à la première option, ce qui signifie qu’elle tombera par défaut dans la seconde ; or, si vos petits efforts sont inutiles, autant n’en faire aucun… d’où un accroissement de l’immobilisme.

    Après ce long message, je concluerai sur ceci : plutôt que de prophétiser (et d’espérer) la fin dans l’espoir que nous ferons mieux la prochaine fois, il vaut mieux se concentrer sur ce que nous avons car, pour le pire, c’est tout ce que nous aurons et pour toujours ; essayons de le faire évoluer dans le bon sens afin que ça devienne pour le meilleur.

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    1. « A l’heure même où nous parlons, il y a des ingénieurs, des personnalités politiques et des financiers qui travaillent à assurer notre survie. »

      S’en remettre à une élite quelconque, fut-elle la prétendue « classe de l’expertise », pour assurer sa propre survie nous semble un témoignage particulièrement frappant du niveau d’hétéronomie et d’aliénation que les hommes industriels ont pu atteindre. Un homme libre devrait ne compter que sur lui-même et sa communauté pour survivre, et non sur le Deus ex Machina de la Science, de l’Etat ou de la Finance.
      Et puis, si vous lisez notre Manifeste, vous verrez que les personnes qui écrivent à l’enseigne du Moine Défroqué ont tous fait partie intimement, comme scientifiques, de cette classe des experts en laquelle vous remettez votre vie. Nous sommes donc assez bien placés pour plutôt vous conseiller de vous remonter les manches et de ne compter que sur vous-mêmes ! Et surtout, pour vous conseiller de tout faire pour abattre le plus vite possible les technocrates…

      Bien des bonnes âmes (typiquement, les marcheurs du climat) pensent que les élites n’ont pas compris ce qui nous arrive et qu’il suffirait de les informer pour qu’elles changent de politique et nous « sauvent » de l’abîme. C’est d’une confondante naïveté. Ces élites savent très bien ce qui se passe. La preuve : ils se démènent pour construire des bunkers cinq étoiles en Nouvelle-Zélande et envoient leurs enfants étudier en Finlande, au cas où… Simplement, ils sont pris dans des logiques d’intérêt et une soif de puissance qui les pousse non pas à trouver des solutions (à supposer que ce monde soit « réformable » ou « ajustable »), mais à se lancer dans une fuite en avant qui in fine accélère le désastre. D’autres ont définitivement fait le deuil d’un monde vivant, et pensent qu’il faut accepter cette perte et hybrider l’humanité avec la machine pour s’adapter à la vie en milieu hostile (ce sont les transhumanistes).

      Enfin, nous rejetons votre idée selon laquelle l’effondrement serait conçu comme une « fin », ce que nous n’avons jamais écrit. Ceux qui pensent que l’histoire est finie, ce sont justement les oligo-technocrates, qui considèrent le « progrès » technique, la « démocratie » libérale et le règne du producteur-consommateur végétatif comme un horizon indépassable. Pour nous, l’effondrement est au contraire l’occasion de relancer le processus historique, avec l’espoir de l’infléchir vers un cours plus conforme à notre idée d’une vie authentiquement humaine.

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  2. Bonjour

    Le CO2 a une durée de vie de plusieurs décennies dans notre atmosphère. Quand bien même ses émissions s’arrêteraient aujourd’hui, ses effets se prolongeraient d’autant. Nous n’avons pas à ce jour de moyens de séquestrer le surplus de CO2 répondant aux quantités qu’il faudrait. En plus de son effet sur le dérèglement climatique, il acidifie les océans ce qui menace toute la chaine alimentaire.

    Constater que le capitalisme privilégie les rapports marchands à toute autre considération est insuffisant pour définir une société post-carbone, tout comme il est insuffisant de parler des remèdes sans le mettre en cause.

    Ceci dit comment faire advenir une société sans propriété privée des outils de travail, sans prêt à intérêt, sans spéculation et sans héritage qui sont les outils de l’accumulation ?

    Pour ma part j’espère que la prise de conscience de la vulnérabilité de notre écosystème, qui va grandissante ces dernières années, pourrait bien faire basculer nos sociétés plus tôt qu’il n’y parait.

    lu dans dans « L’avenir en commun », le programme de la France Insoumise,
    …/… C’est autour et à partir de l’exigence écologique que doit se penser toute la politique de la Nation. Pour cela, la préoccupation écologique doit être inscrite au sommet de la hiérarchie des normes et de l’activité de l’État. Le temps de l’écosystème, c’est le temps long. Le temps court de la finance et du productivisme saccage tout. La reconquête du temps long est la principale exigence. C’est le but de la planification écologique : mettre en cohérence dans le temps et dans l’espace les mesures nécessaires pour faire bifurquer le modèle de production, de consommation et d’échanges. …/…

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    1. Bonjour,
      Vous avez raison de relever qu’au vu de l’inertie du système climatique la situation continuera à se dégrader de toute façon. Ce qui n’est évidemment pas une raison pour ne pas agir immédiatement afin de faire dérailler la « mégamachine ». Et puis le CO2 n’est qu’un problème parmi d’autres, et certainement pas le plus immédiat. La vie est déjà largement éteinte sur cette Terre alors que la température n’est pas encore montée à des extrémités cauchemardesques. Il est très clair que même si l’on résolvait d’un coup de baguette magique la question du réchauffement, le printemps continuerait à devenir toujours plus silencieux.

      Cela nous emmènerai sans doute trop loin, et il faudra y revenir plus tard, mais nous ne sommes pas des partisans de la collectivisation. C’est d’ailleurs une des plus grosses erreurs des anarchistes espagnols de 1936 que d’avoir voulu imposer de force cette collectivisation, entraînant l’hostilité à la révolution sociale de nombreux paysans pauvres qui, comme le relève Freddy Gomez dans un article récent publié par A Contretemps, sont « des travailleurs qui n’exploitaient personne ». Nous défendons plutôt l’idée de la propriété d’usage, qui nous semble un moyen terme entre la collectivisation pure (dont les conséquences, notamment sur la sécurité alimentaire, sont connues) et l’accaparement capitaliste compulsif.

      Enfin, il ne vous aura pas échappé si vous avez parcouru notre blog que nous ne sommes pas de fervents admirateurs de la France Insoumise ni de son suprême leader, n’ayant aucun goût pour les partis pas plus que pour les hommes providentiels. Nous défendons d’ailleurs, dans la plus pure tradition anarchiste, le principe de la grève de l’électeur, puisque nous n’aimons guère aller au théâtre quand la pièce est si médiocre (voir nos publications : « la grève de l’électeur » et « le votard »). Ce qui ne nous empêche pas de saluer ceux des militants et élus insoumis qui se sont battus en jaune à nos côtés et ont été victimes comme nous des coups des milices (nous pensons au député Loïc Prudhomme matraqué à Bordeaux). Au-delà, ce sont les idées de la France Insoumise qui nous semblent problématiques. Il faudrait surtout que ce parti clarifie sa ligne, qui est pour le moins oscillante voire contradictoire sur de nombreux thèmes. On ne peut être indigéniste et en même temps républicain, comme on ne peut être férocement productiviste et en même temps écologiste.

      Le « modèle » que nous défendons, et que nous avons esquissé en pointillé dans de nombreux articles, sans jamais en faire un système, ce n’est pas la « planification », ce n’est pas un « programme » tout fait, c’est la volonté inédite de laisser aux personnes qui habitent chaque territoire d’auto-instituer la société dans laquelle ils veulent vivre, plutôt que de la recevoir pré-mâchée d’une élite ou d’une avant-garde. Et rien ne dit que ce modèle sera le même partout.

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  3. Merci pour votre réponse, je ne connais pas votre site, que je vais sans doute explorer, j’y suis arrivé par un lien dans un commentaire sur le blog de Paul Jorion.

    Je ne comprends pas comment vous pouvez espérer décorréler le CO2 de l’effondrement en cours.
    ((le CO2 n’est qu’un problème parmi d’autres, et certainement pas le plus immédiat))
    S’attaquer à ses émissions c’est aller vers une économie post-carbone, et ce sont bien les énergies carbonées qui sont à la base de la plupart des dérèglements en cours.

    Vous prônez la propriété d’usage. N’est-elle pas incompatible avec la propriété privée des outils de production ?

    Comment comptez-vous faire advenir une société a-capitaliste si vous ne tarissez pas ses sources d’accumulation, la propriété privée des outils de production, le prêt à intérêt, la spéculation et l’héritage ?

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    1. Nous ne nous sommes pas compris. Nous ne décorrélons pas le CO2 de l’effondrement en cours, nous remarquons seulement que passer à une économie post-carbone est une condition nécessaire mais non suffisante pour sortir de la course à l’abîme. L’extinction de la vie sur terre n’a pas pour seule origine le réchauffement climatique, mais aussi la pollution chimique, la désertification des sols par l’agriculture industrielle, la surexploitation des mers et des forêts, l’artificialisation et le mitage du territoire dû en partie à l’hégémonie automobile, la destruction des zones humides, le tourisme de masse, l’abandon de la souveraineté populaire à une technocratie etc. Et rien de tout ceci ne s’arrêterait en passant à des énergies décarbonées (du reste nous soutenons que la « transition écologique » n’existe pas, comme l’a bien démontré l’historien Jean-Baptiste Fressoz).

      En fait, si la propagande s’efforce de toujours mettre en avant le réchauffement climatique comme le plus important, c’est sans doute parce que cela permet de rester sur le terrain de l’industrie et de la technique, de ne pas remettre en cause la sacralisation de l’industrie et de la technique : il suffirait de solutions techniques (énergies renouvelables et autres) pour résoudre d’un coup de baguette magique nos problèmes. C’est aussi le principal reproche qui peut être fait aux « marcheurs du climat » : rester dans cette idée qu’il suffirait de bouger des curseurs, de promouvoir certaines technologies plutôt que d’autres, en évacuant toute la dimension politique de ces questions.
      Du reste on parle de l’effondrement écologique et climatique, voir économique ou financier mais il faudrait aussi parler de l’effondrement culturel, social et politique qui sont tout aussi inquiétants.

      Il est évident que la propriété d’usage est incompatible avec l’usure, la rente et la propriété privée, bref avec le capitalisme. Mais il est tout aussi évident, et nous ne cessons de le dire, qu’il n’a jamais suffit de s’approprier les moyens de production pour sortir du désastre. Une usine de PVC autogérée n’est pas moins polluante qu’une usine de PVC capitaliste (voir à ce sujet le texte de PMO contre Ruffin, « le cancer Français » que nous venons de publier à l’occasion du drame de Rouen). Pour nous qui pensons qu’une civilisation industrielle est incompatible avec le maintien d’une vie authentiquement humaine, et peut-être avec le maintien de la vie tout court, il ne s’agit pas de s’approprier les moyens de production, mais de les détruire pour revenir à une vie plus sobre et plus libre. Illich aurait dit « plus conviviale » et Orwell aurait dit « une vie décente ».

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  4. Il me semble que vous sous-estimez les usages que nous faisons des énergies carbonées sans lesquelles la chimie, l’industrie et donc la mécanisation serait réduites à portion congrue.
    Il y a bien un lien structurel entre les énergies carbonées et …/… la pollution chimique, l’agriculture industrielle, la surexploitation des mers et des forêts, l’artificialisation et le mitage du territoire dû en partie à l’hégémonie automobile et le tourisme de masse …/…
    Par ailleurs, le capitalisme a pré-existé à leur découverte et utilisation qui ont permis l’expression de son hubris depuis le XIXe siècle.

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    1. Vous ne nous lisez pas assez attentivement. Nous ne disons pas que les énergies carbonées ne sont pas responsables, AUJOURD’HUI, des désastres que nous avons cité. Nous disons juste que si DEMAIN, et par un improbable coup de baguette magique, l’humanité pouvait remplacer les énergies carbonées par toute autre énergie prétendument « propre », les CONSEQUENCES de l’usage de l’énergie, de quelque nature qu’elle soit, seront TOUJOURS l’extinction de la vie sur terre. C’est l’abondance énergétique qui produit l’extinction, et non pas telle énergie en particulier, même si aujourd’hui ce sont évidemment le pétrole, le charbon et le gaz qui en sont les principaux responsables.

      En fait il faudrait que vous expliquiez ce que vous entendez par « économie post-carbone ». Nous avons pensé que vous parliez comme la plupart des gens d’un énième avatar du conte pour enfants qu’est la transition énergétique [1], et c’est pour cela que nous avons évoqué ces éléments. Mais si vous pensez qu’une économie post-carbone devrait être une économie désindustrialisée, frugale, sobre en énergie, où les hommes se déplaceront beaucoup moins, et devrons produire eux-mêmes les biens nécessaires à leur survie, alors nous sommes d’accord.

      [1] Pour préciser pourquoi nous parlons de « conte pour enfants » : historiquement, la transition n’existe pas, les nouvelles sources d’énergie ne remplacent pas les anciennes, elles s’y ajoutent (Jean Baptiste Fressoz). On consomme toujours autant sinon plus de charbon, de pétrole et de gaz malgré l’arrivée du nucléaire, des panneaux photovoltaïques et des éoliennes. De même que les « économies d’énergie » dont on nous rebat les oreilles ne permettent pas de diminuer la quantité d’énergie consommée : l’énergie libérée permet de développer de nouveaux usages (typiquement, les gadgets connectés) et in fine la consommation énergétique totale augmente (l’effet rebond bien décrit par Philippe Bihouix).

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  5. L’utilisation des moulins à vent pendant des siècles n’a produit aucun dérèglement susceptible de remettre en cause l’écosystème propre à la vie, pas plus que celui des moulins à eau.
    L’énergie n’est pas une abstraction.
    Ce que vous nommez « abondance » est en fait la « concentration » propre aux énergies carbonées, le pétrole étant le plus « concentré » par unité de volume. C’est cette concentration qui a permis la mécanisation de l’ère industrielle et c’est sa qualité carbonée qui a permis le développement de la chimie, (quoique les premiers ateliers mécanisés utilisaient la force motrice de l’eau.)
    Mais il y a bien eu une transition, celle qui a petit à petit fait disparaitre l’utilisation de l’énergie musculaire utilisée pendant des millénaires qu’elle soit humaine ou animale même si son utilisation perdure de nos jours de façon résiduelle

    Quand à une société post carbone, elle reste à inventer et serait dans la sobriété par nature n’ayant plus accès aux énergies carbonées. Mais pour qu’elle advienne encore faudra-t-il que l’écosystème ne soit pas dégradé irrémédiablement comme il en prend le chemin aujourd’hui comme nous le montre la sixième extinction de masse en cours.

    Par ailleurs, je reste curieux de voir quelles propositions émaneront de la Convention citoyenne pour le climat.
    Elles seront comme un instantané de la prise de conscience de la société française en cette année 2019.

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    1. D’accord avec ce que vous écrivez ici. Par contre pour préciser votre première phrase, il a été démontré que même à l’époque des chasseurs-cueilleurs, l’arrivée de populations humaines et de leurs outils s’accompagnait déjà d’un effondrement de la macro-faune. Cela n’est certes pas comparable à notre situation à l’âge industriel où l’action de l’homme (comme l’arrivée de toute espèce exotique dans un écosystème) n’entraîne plus un simple déplacement des équilibres mais une rupture si brutale que ce n’est plus telle ou telle espèce spécifique qui est menacée d’extinction mais une grosse partie de la biosphère. Nous employons d’ailleurs ce mot de biosphère parce que ce ne sont pas seulement les espèces vivantes qui disparaissent, mais aussi le milieu dans lequel elles vivent, rendant illusoire tout espoir de restauration, comme nous l’avons écrit dans notre article et comme vous le soulignez vous-même.

      A votre place, nous n’espérerions pas trop en la Convention Citoyenne pour le climat. Nous ne pensons pas être trop mauvais prophètes en écrivant que les résultats en sont connus d’avance. Ce genre de gadget est le dernier outil de la technocratie discréditée pour sauver le système représentatif subclaquant. Tout comme les « états généraux de la bioéthique » (voir notre texte sur le sujet) ou le « grand débat », ce genre de raout ne sert qu’à « légitimer » des décisions prises d’avance, les citoyens choisis pour cet exercice étant fermement téléguidés par un quarteron d’experts et « référents » chargés de s’assurer que les conclusions correspondrons bien aux attendus du ministère.

      Vous serez sans doute d’accord avec nous qui pensons qu’une société post-carbone sobre et respectueuse de la vie n’adviendra jamais tant que les oligo-technocrates n’auront été renversés et que les citoyens ne se seront réappropriés la possibilité d’auto-instituer (Castoriadis) la société dans laquelle ils veulent vivre. Lire notre texte « Macron démission, oui et après ? ». Et aussi, tant que les hyperstructures (dont les Etats) n’auront pas été démantelées pour revenir à des échelles proportionnées (voir Olivier Rey, Une question de taille). Tout ceci pose évidemment d’énormes problèmes. Nos amis de Lieux Communs l’ont bien montré dans un texte récent : https://collectiflieuxcommuns.fr/?5-questions-a-la-decroissance

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